Accéder au contenu principal

Thomas d'Aquin - I.q16a4ad1 - Volonté et intellect s'inclue mutuellement

Sur le premier point, il faut donc répondre que la volonté et l'intellect s'incluent mutuellement ; car

  • l'intellect intellige la volonté,
  • et la volonté veut que l'intellect intellige.

Ainsi donc, parmi les choses qui sont ordonnées à l'objet de la volonté, sont contenues aussi celles qui appartiennent à l'intellect ; et inversement.

C'est pourquoi, 

  • dans l'ordre des appétibles (appetibilium),
    • le bien se comporte comme l'universel,
    • et le vrai comme le particulier ;
  • mais dans l'ordre des choses intelligibles (intelligibilium), c'est l'inverse.

Du fait donc que le vrai est un certain bien, il s'ensuit que le bien est antérieur dans l'ordre des désirables, mais non qu'il soit antérieur absolument (simpliciter).

Ad primum ergo dicendum quod voluntas et intellectus mutuo se includunt,

  • nam intellectus intelligit voluntatem,
  • et voluntas vult intellectum intelligere.

Sic ergo inter illa quae ordinantur ad obiectum voluntatis, continentur etiam ea quae sunt intellectus; et e converso.

  • Unde in ordine appetibilium,
    • bonum se habet ut universale,
    • et verum ut particulare,
  • in ordine autem intelligibilium est e converso.

Ex hoc ergo quod verum est quoddam bonum, sequitur quod bonum sit prius in ordine appetibilium, non autem quod sit prius simpliciter.

 

  • Dernière mise à jour le .

Thomas d'Aquin - I.q16a4ad3 - Priorité selon la raison de l'ens, du vrai, du bien

 

Est quelque chose de premier (prius ratione) selon la raison ce qui tombe en premier dans l'intellect.

L'intellect, en effet, appréhende en premier (per prius) l'être lui-même (ipsum ens) ; et secondairement, il s'appréhende intelliger l'ens ; et troisièmement, il s'appréhende appéter l'ens.

D'où, en premier est la ratio entis, deuxièmement la ratio veri, troisièmement la ratio boni, bien que le bien soit dans les choses (in rebus).

Ad secundum dicendum quod secundum hoc est aliquid prius ratione, quod prius cadit in intellectu.

Intellectus autem per prius apprehendit ipsum ens; et secundario apprehendit se intelligere ens; et tertio apprehendit se appetere ens.

Unde primo est ratio entis, secundo ratio veri, tertio ratio boni, licet bonum sit in rebus.


// : CGII.83.30 ; Iq5a2

  • Dernière mise à jour le .

Thomas d'Aquin - II-II.q2a3 - La nature rationnelle possède un ordre immédiat au principe universel de l'être

Dans toutes les natures ordonnées, il est trouvé que deux éléments concourent à la perfection de la nature inférieure :

  • l'un selon son mouvement propre,
  • l'autre selon le mouvement de la nature supérieure.

Ainsi l'eau,

  • selon son mouvement propre, se meut vers le centre,
  • mais selon le mouvement de la lune, elle se meut autour du centre selon le flux et le reflux ;

de même, les orbes des planètes se meuvent par leurs mouvements propres de l'occident vers l'orient, mais par le mouvement du premier orbe de l'orient vers l'occident.

Or, seule la nature rationnelle créée possède un ordre immédiat à Dieu.

  • Car les autres créatures n'atteignent rien d'universel, mais seulement du particulier, participant à la bonté divine
    • soit dans le seul être, comme les êtres inanimés,
    • soit aussi dans la vie et la connaissance des réalités singulières, comme les plantes et les animaux ;
  • la nature rationnelle, en revanche, en tant qu'elle connaît la ratio universelle de bien et d'être (entis), possède un ordre immédiat au principe universel de l'être (ad universale essendi principium).

La perfection de la créature rationnelle ne consiste donc pas seulement

  • dans ce qui lui convient selon sa nature,
  • mais aussi dans ce qui lui est attribué en vertu (ex) d'une certaine participation surnaturelle de la bonté divine.

D'où il a été dit plus haut que la béatitude ultime de l'homme consiste dans une certaine (quadam) vision surnaturelle (supernaturali) de Dieu.

À cette vision, l'homme ne peut parvenir que sur le mode de celui qui apprend de Dieu enseignant, selon ce qui est dit en Jean (ch. 6) : "Quiconque a entendu le Père et a appris [de lui] (et didicit) vient à moi".

Or, l'homme ne devient pas participant de cette discipline [= même famille que addiscentis et didicit]

  • immédiatement,
  • mais successivement,

selon le mode de sa nature. Mais il faut que quiconque apprend ainsi croie, afin de parvenir à la science parfaite, comme le dit aussi le Philosophe : "Il faut que celui qui apprend croie".

D'où, pour que l'homme parvienne à la vision parfaite de la béatitude, il est requis au préalable qu'il croie en Dieu comme un disciple au maître qui l'instruit."

Respondeo dicendum quod in omnibus naturis ordinatis invenitur quod ad perfectionem naturae inferioris duo concurrunt,

  • unum quidem quod est secundum proprium motum;
  • aliud autem quod est secundum motum superioris naturae.

Sicut aqua

  • secundum motum proprium movetur ad centrum,
  • secundum autem motum lunae movetur circa centrum secundum fluxum et refluxum,

similiter etiam orbes planetarum moventur propriis motibus ab occidente in orientem, motu autem primi orbis ab oriente in occidentem.

Sola autem natura rationalis creata habet immediatum ordinem ad Deum.

  • Quia ceterae creaturae non attingunt ad aliquid universale, sed solum ad aliquid particulare, participantes divinam bonitatem
    • vel in essendo tantum, sicut inanimata,
    • vel etiam in vivendo et cognoscendo singularia, sicut plantae et animalia,
  • natura autem rationalis, inquantum cognoscit universalem boni et entis rationem, habet immediatum ordinem ad universale essendi principium.

Perfectio ergo rationalis creaturae non solum consistit

  • in eo quod ei competit secundum suam naturam,
  • sed etiam in eo quod ei attribuitur ex quadam supernaturali participatione divinae bonitatis.

Unde et supra dictum est quod ultima beatitudo hominis consistit in quadam supernaturali Dei visione.

Ad quam quidem visionem homo pertingere non potest nisi per modum addiscentis a Deo doctore, secundum illud Ioan. VI, omnis qui audit a patre et didicit venit ad me.

Huius autem disciplinae fit homo particeps

  • non statim,
  • sed successive,

secundum modum suae naturae. Omnis autem talis addiscens oportet quod credat, ad hoc quod ad perfectam scientiam perveniat, sicut etiam philosophus dicit quod oportet addiscentem credere.

Unde ad hoc quod homo perveniat ad perfectam visionem beatitudinis praeexigitur quod credat Deo tanquam discipulus magistro docenti.

  • Dernière mise à jour le .