Aristote a posé Dieu créateur et la providence
Dieu créateur
Dans les derniers mois de sa vie, lorsqu’il commente le passage du De Caelo :
| Dieu (θεὸς) et la nature ne font rien inutilement (μάτην ποιοῦσιν).(Du ciel, I, 4, 271a 33) |
Ὁ δὲ θεὸς καὶ ἡ φύσις οὐδὲν μάτην ποιοῦσιν. |
Thomas ajoute une remarque à la fin de son raisonnement :
| Il faut cependant remarquer qu’Aristote pose ici Dieu comme l’auteur (factorem) des corps célestes, et non pas seulement cause par mode de fin, comme certains l’ont dit. (Commentaire sur le De Caelo, Livre I, leçon 8, n° 91) |
Est autem attendendum quod Aristoteles hic ponit Deum esse factorem caelestium corporum, et non solum causam per modum finis, ut quidam dixerunt. |
* * *
Peu de temps avant, dans son Commentaire de la Métaphysique, il avait déjà vigoureusement défendu ce jugement :
| De ceci il apparaît manifestement la fausseté de l’opinion (apparet manifeste falsitas opinionis) de ceux qui ont posé qu’Aristote pensait que Dieu n’est pas cause de la substance du ciel, mais seulement de son mouvement. (Commentaire de la Métaphysique, Livre VI, leçon 1, n° 1164). |
Ex hoc autem apparet manifeste falsitas opinionis illorum, qui posuerunt Aristotelem sensisse, quod Deus non sit causa substantiae caeli, sed solum motus eius. |
Providence
Aristote
| On dirait que la nature prévoit ce qui pourrait arriver, à savoir que, si le mouvement des astres ne se produisait pas comme nous l'avons dit, aucun des êtres d'ici-bas ne resterait pareil à ce qu'il est (Du Ciel, II, 9, p. 78 - Budé). |
ὥσπερ τὸ μέλλον ἔσεσθαι προνοούσης τῆς φύσεως, ὅτι μὴ τοῦτον τὸν τρόπον ἐχούσης τῆς κινήσεως οὐθὲν ἂν ἦν τῶν περὶ τὸν δεῦρο τόπον ὁμοίως ἔχον. |
Commentaire de Thomas
|
Par là, on donne à comprendre, comme Alexandre le remarque, qu’Aristote estime ici que Dieu a une providence à l’égard de ce qui se trouve ici-bas ; car on ne peut attribuer la providence à la nature en tant qu’elle est une certaine puissance dans les corps, mais seulement par rapport à l’intellect qui institue la nature. (Commentaire sur le De Caelo, Livre II, leçon 14, n° 11, Leonine III, p. 177) |
Datur autem per hoc intelligi, sicut Alexander notat, quod Aristoteles hic sentit quod Deus habet providentiam de his quae sunt hic inferius: non enim potest naturae attribui providentia secundum quod est quaedam virtus in corporibus, sed solum per comparationem ad intellectum instituentem naturam. |