Parce qu'en fait [les anges] n'ont pas une raison mais un intellect, tout ce qu'ils estiment, ils le reçoivent sous un mode intelligible. (DeVer.q24a10)
Quia vero rationem non habent, sed intellectum, quidquid aestimant, per modum intelligibilem accipiunt.
La nature spirituelle, quant à son être second, a été faite
indéterminée (indeterminata)
et capable de tout (omnium capax)
(comme il est dit dans le De Anima d'Aristote, que
l’âme est d'une certaine manière (quodammodo) toutes choses ;
et en adhérant à une chose, elle est rendue (efficitur) une avec elle ;
comme
l'intellect devient d’une certaine (quodammodo) façon l’intelligible lui‑même
lorsqu’il intellige,
et que la volonté devient l’appétible lui‑même
lorsqu’elle aime (amando).
(DeVer.q24a10ad2)
Natura spiritualis est facta quantum ad secundum esse suum
indeterminata,
et omnium capax ;
sicut dicitur in III de Anima [cap. 8 (431 b 21)], quod
anima est quodammodo omnia :
et per hoc quod alicui adhaeret, efficitur unum cum eo ;
sicut
intellectus fit quodammodo ipsum intelligibile
intelligendo,
et voluntas ipsum appetibile
amando.
1. -- Thomas montre d'autre part que cette union ne se fait pas de la même manière sur plan de l'intellect et sur plan de la volonté. Sur le plan volontaire lui-même, l'union peut être vue sous son aspect affectif et sous son aspect effectif.
L'être (ens), selon la raison, est antérieur au bien. En effet, la ratio signifiée par le nom (per nomen) est ce que l'intellect conçoit d'une chose (de re) et qu'il signifie par la parole (per vocem) ; est donc antérieur (prius) selon la raison ce qui tombe en premier dans la conception de l'intellect.
Or, ce qui tombe en premier dans la conception de l'intellect, c'est l'être (ens), car chaque chose est connaissable selon qu'elle est en acte, comme il est dit au livre IX de la Métaphysique. D'où il suit que l'être (ens) est l'objet propre de l'intellect, et qu'il est ainsi le premier intelligible, comme le son est le premier audible. Ainsi donc, selon la raison, l'être est antérieur au bien.
Respondeo dicendum quod ens secundum rationem est prius quam bonum. Ratio enim significata per nomen, est id quod concipit intellectus de re, et significat illud per vocem, illud ergo est prius secundum rationem, quod prius cadit in conceptione intellectus.
Primo autem in conceptione intellectus cadit ens, quia secundum hoc unumquodque cognoscibile est, inquantum est actu, ut dicitur in IX Metaphys. Unde ens est proprium obiectum intellectus, et sic est primum intelligibile, sicut sonus est primum audibile. Ita ergo secundum rationem prius est ens quam bonum.
Ce qui est (ens) est antérieur au bien selon la raison (secundum rationem). En effet, la raison (ratio) signifiée par le nom est ce que l'intellect conçoit d'une chose (re) et qu'il signifie par la voix ; est donc antérieur selon la raison ce qui tombe en premier dans la conception de l'intellect.
Or, ce qui tombe en premier (primo) dans la conception de l'intellect, c'est l'« ens », parce qu'une chose n'est connaissable qu'en tant qu'elle est en acte, comme il est dit au livre IX de la Métaphysique. D'où, ce qui est (ens) est l’objet propre de l’intellect et son premier intelligible (primum intelligibile), comme le son est le premier audible (primum audibile).
Ainsi donc, l'« ens » est antérieur (prius) au bien selon la raison.
Respondeo dicendum quod ens secundum rationem est prius quam bonum. Ratio enim significata per nomen, est id quod concipit intellectus de re, et significat illud per vocem, illud ergo est prius secundum rationem, quod prius cadit in conceptione intellectus.
Primo autem in conceptione intellectus cadit ens, quia secundum hoc unumquodque cognoscibile est, inquantum est actu, ut dicitur in IX Metaphys. Unde ens est proprium obiectum intellectus, et sic est primum intelligibile, sicut sonus est primum audibile.
Ita ergo secundum rationem prius est ens quam bonum.