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Thomas d'Aquin - DeMalo.q15a5 - L'arbitre et les trois niveaux de réalités, physique, animal, intellectuel

Il faut donc remarquer qu'il appartient à la nature du libre arbitre de pouvoir se porter sur des choses diverses.

[Les êtres qui ne possèdent pas la connaissance]

Aussi la réalité à qui la connaissance manque, dont les actions sont déterminées à une seule [possibilité], n'agit en rien par son arbitre.

[Les êtres qui possèdent la connaissance sensible]

Les animaux sans raison agissent bien

  • par un arbitre,
  • mais pas un arbitre libre ;

parce que le jugement qui les fait rechercher ou fuir une chose est déterminé en eux par nature, de sorte qu'il ne peuvent pas le dépasser, comme la brebis ne peut pas ne pas fuir le loup qu'elle a vu.

[Les êtres qui possèdent la connaissance intellectuelle et rationnelle]

Mais tout être qui possède l'intellect et la raison agit de [par un] libre arbitre, c'est à dire en tant que son arbitre (qui le fait agir) suit l'appréhension de l'intellect ou de la raison, qui se rapportent à plusieurs [objets].

Et c'est pourquoi, comme il a été dit, il relève de la raison de libre arbitre de pouvoir se porter sur plusieurs [choses].

(DeMalo.q15a5)

Est ergo considerandum, quod ad rationem liberi arbitrii pertinet quod in diversa possit.

[ ]

Unde res cognitione carentes, quarum actiones sunt determinatae ad unum, nihil agunt suo arbitrio.

[ ]

Animalia vero irrationalia agunt quidem

  • arbitrio,
  • sed non libero;

quia iudicium quo aliquid prosequuntur velfugiunt, est in eis determinatum a natura, ita ut ipsum praeterire non possint, sicut ovis non potest non fugere lupum visum.

[ ]

Sed omne illud quod habet intellectum et rationem, agit libero arbitrio, in quantum scilicet arbitrium eius, quo agit, consequitur apprehensionem intellectus vel rationis, quae se habet ad multa.

Et ideo, sicut dictum est, ad rationem liberi arbitrii pertinet quod in diversa possit.

 


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Thomas d'Aquin - I.q80a2 - L'appétit est une puissance passive qui dépend d'un principe actif

Il est nécessaire de dire que l'appétit intellectif est une puissance autre que l'[appétit] sensitif.

En effet, la puissance appétitive est une puissance passive, dont la nature est d'être mûe (nata est moveri) par ce qui est appréhendé ; d'où il suit que l'appétible appréhendé (appetibile apprehensum) est un moteur non mû, tandis que l'appétit est un moteur mû, comme il est dit au livre III du De Anima et au livre XII de la Métaphysique.

Or, ce qui est passif et ce qui est mobile se distinguent selon la distinction de ce qui est actif et de ce qui est moteur, car il faut que le moteur soit proportionné au mobile, et l'actif au passif ; et la puissance passive elle-même tire sa ratio propre (propriam rationem) de l'ordre à son [principe1] actif.

Puisque, par conséquent, ce qui est appréhendé par l'intellect est d'un autre genre (alterius generis) que ce qui est appréhendé par le sens, il s'ensuit que l'appétit intellectif est une puissance autre que l'appétit sensitif.

Respondeo dicendum quod necesse est dicere appetitum intellectivum esse aliam potentiam a sensitivo.

Potentia enim appetitiva est potentia passiva, quae nata est moveri ab apprehenso, unde appetibile apprehensum est movens non motum, appetitus autem movens motum, ut dicitur in III de Anima, et XII Metaphys.

Passiva autem et mobilia distinguuntur secundum distinctionem activorum et motivorum, quia oportet motivum esse proportionatum mobili, et activum passivo; et ipsa potentia passiva propriam rationem habet ex ordine ad suum activum.

Quia igitur est alterius generis apprehensum per intellectum et apprehensum per sensum, consequens est quod appetitus intellectivus sit alia potentia a sensitivo.

 


1 Après longue délibération, j'ai gardé cet ajout entre crochets.

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Thomas d'Aquin - I.q80a2ad2 - L'appétit intellectuel se porte vers le bien selon une raison universelle

L'appétit intellectif, bien qu'il se porte (feratur) vers des choses qui sont hors de l'âme et singulières, s'y porte toutefois selon une certaine raison universelle (secundum aliquam rationem universalem) ; comme lorsqu'il appète quelque chose parce qu'il est bon (quia est bonum).

C'est pourquoi le Philosophe dit, dans sa Rhétorique, que la haine peut porter sur quelque chose d'universel, par exemple lorsque nous avons en haine tout le genre des voleurs.

Pareillement aussi, par l'appétit intellectif, nous pouvons appéter des biens immatériels (immaterialia bona) que le sens n'appréhende pas, comme la science, les vertus, et d'autres choses de ce genre.

Ad secundum dicendum quod appetitus intellectivus, etsi feratur in res quae sunt extra animam singulares, fertur tamen in eas secundum aliquam rationem universalem; sicut cum appetit aliquid quia est bonum.

Unde philosophus dicit in sua rhetorica, quod odium potest esse de aliquo universali, puta cum odio habemus omne latronum genus.

Similiter etiam per appetitum intellectivum appetere possumus immaterialia bona, quae sensus non apprehendit; sicut scientiam, virtutes, et alia huiusmodi.

 

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