Accéder au contenu principal

Thomas d'Aquin - DeVer.q15a1 - PRÊT ??? - Différence intellect / raison

Je pense que le texte est prêt.

  • En effet, "Intellect" semble désigner une connaissance simple et absolue ;
    • car on dit que quelqu’un intellige parce que, à l'intérieur, il lit en quelque sorte la vérité dans l’essence même de la chose (rei).
  • Quant à "raison", il désigne une certaine discursion
    • par laquelle l’âme humaine atteint ou parvient à la connaissance d’une chose à partir d’une autre.
  • Intellectus enim simplicem et absolutam cognitionem designare videtur;
    • ex hoc enim aliquis intelligere dicitur quod intus in ipsa rei essentia veritatem quodammodo legit.
  • Ratio vero discursum quemdam designat,
    • quo ex uno in aliud cognoscendum anima humana pertingit vel pervenit. (...)

 

  • Mais tout mouvement procède de l’immobile, comme dit saint Augustin au huitième livre Sur la Genèse au sens littéral;
  • en outre, la fin du mouvement est le repos, comme il est dit en Physique V,

et ainsi, le mouvement se rapporte au repos 

  • et comme à un principe
  • et comme à un terme.

De même aussi la raison se rapporte à l’intellect

  • comme le mouvement au repos,
  • et comme la génération à l’être,

comme cela est patent à partir de l'autorité de Boèce citée plus haut ; elle se rapporte à l’intellect

  • comme à un principe
  • et comme à un terme.

Comme à un principe, car l’esprit humain ne pourrait pas procéder discursivement d’une chose à l’autre si son processus discursif ne commençait par quelque simple réception d’une vérité, réception qui relève de la saisie des principes (intellectus principiorum = intellectus --> participe passé, pas le nom).

Semblablement, le processus discursif de la raison ne parviendrait pas à quelque chose de certain, si ce qui est découvert par ce processus n’était confronté (examinatio) aux principes premiers, en lesquels la raison se réduit.

Si bien que l’intellect se trouve être, pour la raison,

  • son principe quant à la voie de découverte (ad viam inveniendi),
  • et son terme quant à la voie de jugement (ad viam iudicandi).

(DeVer.q15a1)

  • Motus autem omnis ab immobili procedit, ut dicit Augustinus, VIII super Genes. ad litteram;
  • motus etiam finis est quies, ut in V Physic. dicitur.

Et sic motus comparatur ad quietem

  • et ut ad principium
  • et ut ad terminum,

ita etiam et ratio comparatur ad intellectum

  • ut motus ad quietem,
  • et ut generatio ad esse;

ut patet ex auctoritate Boetii supra inducta. Comparatur ad intellectum

  • ut ad principium
  • et ut ad terminum.

Ut ad principium quidem, quia non posset mens humana ex uno in aliud discurrere, nisi eius discursus ab aliqua simplici acceptione veritatis inciperet, quae quidem acceptio est intellectus principiorum.

Similiter etiam nec rationis discursus ad aliquid certum perveniret, nisi fieret examinatio eius quod per discursum invenitur, ad principia prima, in quae ratio resolvit.

Ut sic intellectus inveniatur rationis

  • principium quantum ad viam inveniendi,
  • terminus vero quantum ad viam iudicandi.

 


ad viam inveniendi : sans quoi on ne pourrait pas commencer à se mettre en route pour trouver (voie de la découverte)
ad viam iudicandi : ce en quoi se termine le raisonnement : un jugement final, acte de l'intellect, ce que vulguairement (et en en pure logique), on appelera une conclusion (ce qui n'est pas le propos de Thomas ici, il est davantage au niveau de la vie de l'intelligence que de la logique).

  • Dernière mise à jour le .

Thomas d'Aquin - I.q16a1

Bien que la vérité de notre intellect soit causée par la chose (a re), il n’est pourtant pas nécessaire que l’on trouve dans la chose (in re), de manière préalable, la raison de vérité (ratio veritatis) ; de même que l’on ne trouve pas dans le médicament (medicinae) la raison de santé (ratio sanitatis) de manière préalable à l’animal ;

  • en effet, c’est la vertu du médicament, et non sa santé, qui cause la santé, puisqu’il n’est pas un agent univoque. 
  • Et, de la même manière, c’est l’être de la chose (esse rei), et non sa vérité, qui cause la vérité de l'intellect.

C'est pourquoi le Philosophe dit que l'opinion et le discours sont vrais du fait que la chose est (re est), et non du fait que la chose (res) est vraie.

Dicendum quod licet veritas intellectus nostri a re causetur, non tamen oportet quod in re per prius inveniatur ratio veritatis, sicut neque in medicina per prius invenitur ratio sanitatis quam in animali; 

  • virtus enim medicinae, non sanitas eius, causat sanitatem, cum non sit agens univocum.
  • Et similiter esse rei, non veritas eius, causat veritatem intellectus.

Unde Philosophus dicit quod opinio et oratio vera est ex eo quod res est, non ex eo quod res vera est.

  • Dernière mise à jour le .

Thomas d'Aquin - I.q16a4ad3 - Priorité selon la raison de l'ens, du vrai, du bien

 

Est quelque chose de premier (prius ratione) selon la raison ce qui tombe en premier dans l'intellect.

L'intellect, en effet, appréhende en premier (per prius) l'être lui-même (ipsum ens) ; et secondairement, il appréhende qu'il intellige l'être (ens) ; et troisièmement, il appréhende qu'il appète l'être (ens).

D'où il suit que, en premier, se trouve la ratio entis, deuxièmement, la ratio veri, troisièmement, la ratio boni, bien que le bien soit dans les choses (in rebus).

Ad secundum dicendum quod secundum hoc est aliquid prius ratione, quod prius cadit in intellectu.

Intellectus autem per prius apprehendit ipsum ens; et secundario apprehendit se intelligere ens; et tertio apprehendit se appetere ens.

Unde primo est ratio entis, secundo ratio veri, tertio ratio boni, licet bonum sit in rebus.


// : CGII.83.30 ; Iq5a2

  • Dernière mise à jour le .

Thomas d'Aquin - I.q88a3 - Nous intelligeons en premier la quiddité de la chose matérielle, objet de notre intellect

Or, ce qui est en premier intelligé par nous, selon l’état de la vie présente, c’est la quiddité de la chose matérielle, qui est l’objet de notre intellect, comme cela a été dit de nombreuses fois plus haut.

Primum autem quod intelligitur a nobis secundum statum praesentis vitae, est quidditas rei materialis, quae est nostri intellectus obiectum, ut multoties supra dictum est..

  • Dernière mise à jour le .

Thomas d'Aquin - Iq5a2 - Ce qui est (ens) est antérieur au bien selon la raison

Ce qui est (ens) est antérieur au bien selon la raison (secundum rationem). En effet, la raison (ratio) signifiée par le nom est ce que l'intellect conçoit d'une chose (re) et qu'il signifie par la voix ; est donc antérieur selon la raison ce qui tombe en premier dans la conception de l'intellect.

Or, ce qui tombe en premier (primo) dans la conception de l'intellect, c'est l'« ens », parce qu'une chose n'est connaissable qu'en tant qu'elle est en acte, comme il est dit au livre IX de la Métaphysique. D'où, ce qui est (ens) est l’objet propre de l’intellect et son premier intelligible (primum intelligibile), comme le son est le premier audible (primum audibile).

Ainsi donc, l'« ens » est antérieur (prius) au bien selon la raison.

Respondeo dicendum quod ens secundum rationem est prius quam bonum. Ratio enim significata per nomen, est id quod concipit intellectus de re, et significat illud per vocem, illud ergo est prius secundum rationem, quod prius cadit in conceptione intellectus.

Primo autem in conceptione intellectus cadit ens, quia secundum hoc unumquodque cognoscibile est, inquantum est actu, ut dicitur in IX Metaphys. Unde ens est proprium obiectum intellectus, et sic est primum intelligibile, sicut sonus est primum audibile.

Ita ergo secundum rationem prius est ens quam bonum.


// : CGII.83.30 ; I.q16a4ad3

  • Dernière mise à jour le .