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Thomas d'Aquin - DeVer.q22a4ad1

La volonté n'est pas distinguée de l'appétit sensible directement par cela qu'elle suit telle ou telle appréhension, mais par le fait de se déterminer à soi-même [une] inclination ou d'avoir une inclination déterminée par un autre ; ces deux [choses] exigent une puissance qui ne [relève] pas d'un mode unique.

Mais une telle diversité requiert une diversité d'appréhensions, comme cela a été montré par ce qui précède. D'où il suit que la distinction des forces appétitives est reçue pour ainsi dire par voie de conséquence selon la distinction des [puissances] appréhensives, et non principalement.

 

Ad primum igitur dicendum, quod voluntas ab appetitu sensibili non distinguitur directe per hoc quod est sequi apprehensionem hanc vel illam, sed ex hoc quod determinare sibi inclinationem vel habere inclinationem determinatam ab alio, quae duo exigunt potentiam non unius modi.

Sed talis diversitas requirit diversitatem apprehensionum, ut ex praedictis patet. Unde quasi ex consequenti accipitur distinctio appetitivarum virium penes distinctionem apprehensivarum et non principaliter.

 

 

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Thomas d'Aquin - DeVer.q22a4ad4 - Appétit sensible et appétit intellectuel ne sont pas des genres de puissances différents

Parce que le sens et l’intellect diffèrent par les rationesde l’appréhensible en tant qu’il est appréhensible, ils appartiennent à différents genres (diversa genera) de puissances : en effet, le sens tend à appréhender le particulier, mais l’intellect à appréhender l’universel.

Les appétits supérieur et inférieur ne diffèrent pas par des différences de l’appétible en tant qu’il est appétible — puisque l’un et l’autre appétit tendent parfois vers le même bien — ; mais ils diffèrent selon un mode différent d’appéter (diversum modum appetendi), comme cela est patent d’après ce qu’on a dit ; et c’est pourquoi ce sont certes des puissances diverses (et ideo sunt quidem diversae potentiae), mais non divers genre de puissances (sed non diversa potentiarum genera).

(DeVer.q22a4ad4)

 

Ad quartum dicendum quod quia sensus et intellectus differunt per rationes apprehensibilis in quantum est apprehensibile, propter hoc quod ad diversa genera pertinent potentiarum: sensus enim tendit in apprehendendum particulare, sed intellectus in apprehendendum universale.

Appetitus vero superior et inferior non differunt per differentias appetibilis in quantum est appetibile, cum in idem bonum tendat quandoque uterque appetitus, sed differunt penes diversum modum appetendi ut ex dictis patet; et ideo sunt quidem diversae potentiae sed non diversa potentiarum genera.

 

 

 

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Thomas d'Aquin - I-II.q22a3ad2 - ~ L'appétit sensible pâtit plus qu'il n'est actué alors que l'appétit intellectuel est plus actué qu'il ne pâtit

On dit que la magnitude [= l'ampleur] de la passion

  • ne dépend pas seulement de la puissance (ex virtute) de l'agent,
  • mais encore de la passibilité (ex passibilitate) de celui qui pâtit,

parce que les choses qui sont bien passibles (quae sunt bene passibilia) pâtissent beaucoup même de la part d'un agent faible.

  • Donc bien que l'objet de l'appétit intellectuel soit plus actif que l'objet de l'appétit sensitif, [ce qui devrait donc entraîner une plus grande passion dans celui qui pâtit]
  • pourtant l'appétit sensitif est plus passif.

(Somme, I-II.q22a3ad2)

Dicendum quod magnitudo passionis

  • non solum dependet ex virtute agentis,
  • sed etiam ex passibilitate patientis,

quia quae sunt bene passibilia, multum patiuntur etiam a parvis activis.

  • Licet ergo obiectum appetitus intellectivi sit magis activum quam obiectum appetitus sensitivi,
  • tamen appetitus sensitivus est magis passivus.

 


 1. -- "quia quae sunt bene passibilia...", comprendre  : "parce ques les choses disposées à pâtir pâtissent beaucoup même de la part d'une cause de moindre importance".

2. -- Puisque TH. dit que la passion est davantage dans la partie sensible que dans la partie intellectuelle, il reconnît par là même que la prtie intellectuelle possède un côté passif, sans doute a-t-il ici en tête l'intellect passif.

3. -- Ici TH. semble dire que puisque le monde de l'appétit sensible est lié à la matière il est davantage passible que la partie appétit intellectuel. Alors que la partie intellectuelle, du fait même qu'elle est intellectuelle, est davantage portée à l'acte. L'objet de de l'appétit intellectuel actue davantage l'appétit intellectuel qu'il ne le fait pâtir. Par exemple, lorsque Dieu se révèle à nous, il nous actue plus qu'il ne nous fait pâtir.

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Thomas d'Aquin - I.q59a1 - Trois sortes d'appétits - Connaissance de la ratio boni

 

Il est nécessaire de poser dans les anges une volonté. Pour l'évidence de quoi, il faut considérer que, puisque toutes choses procèdent de la volonté divine, toutes, selon leur propre mode, sont inclinées vers le bien par l'appétit, mais de manière diverse.

Certaines [choses], en effet, sont inclinées vers le bien par un simple rapport naturel, sans connaissance, comme les plantes et les corps inanimés. Et une telle inclination vers le bien est appelée appétit naturel.

Certaines, en revanche, sont inclinées vers le bien avec une certaine connaissance ; non pas certes de telle sorte qu’elles connaissent la raison même de bien (ipsam rationem boni), mais elles connaissent un bien particulier (bonum particulare), comme le sens qui connaît le doux, le blanc et les choses de ce genre. Or, l’inclinaison qui suit cette connaissance est appelée appétit sensitif.

Certaines enfin sont inclinées vers le bien avec une connaissance par laquelle elles connaissent la raison même de bien (ipsam rationem boni) ; ce qui est le propre de l'intellect. Et celles-là sont inclinées vers le bien de la façon la plus parfaite ; 

  • non pas certes comme étant seulement dirigées  (directa) vers le bien par un autre, à la manière des êtres qui manquent de connaissance ;

  • ni vers le bien seulement de manière particulière (in bonum particulariter), comme les êtres en qui ne se trouve que la connaissance sensitive ;

  • mais comme étant inclinées vers le bien universel lui-même. Et cette inclination est appelée volonté.

D'où, puisque les anges connaissent par leur intellect la raison universelle  même de bien, il est manifeste qu’il y a en eux une volonté.

(Somme,I.q59a1)

Respondeo dicendum quod necesse est ponere in angelis voluntatem. Ad cuius evidentiam, considerandum est quod, cum omnia procedant ex voluntate divina, omnia suo modo per appetitum inclinantur in bonum, sed diversimode.

Quaedam enim inclinantur in bonum, per solam naturalem habitudinem, absque cognitione, sicut plantae et corpora inanimata. Et talis inclinatio ad bonum vocatur appetitus naturalis.

Quaedam vero ad bonum inclinantur cum aliqua cognitione; non quidem sic quod cognoscant ipsam rationem boni, sed cognoscunt aliquod bonum particulare; sicut sensus, qui cognoscit dulce et album et aliquid huiusmodi. Inclinatio autem hanc cognitionem sequens, dicitur appetitus sensitivus. 

Quaedam vero inclinantur ad bonum cum cognitione qua cognoscunt ipsam boni rationem; quod est proprium intellectus. Et haec perfectissime inclinantur in bonum;

  • non quidem quasi ab alio solummodo directa in bonum, sicut ea quae cognitione carent;
  • neque in bonum particulariter tantum, sicut ea in quibus est sola sensitiva cognitio; 
  • sed quasi inclinata in ipsum universale bonum. Et haec inclinatio dicitur voluntas.

Unde cum angeli per intellectum cognoscant ipsam universalem rationem boni, manifestum est quod in eis sit voluntas.

 

 

 

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Thomas d'Aquin - I.q80a2ad2 - L'appétit intellectuel se porte vers le bien selon une raison universelle

L'appétit intellectif, bien qu'il se porte (feratur) vers des choses qui sont hors de l'âme et singulières, s'y porte toutefois selon une certaine raison universelle (secundum aliquam rationem universalem) ; comme lorsqu'il appète quelque chose parce qu'il est bon (quia est bonum).

C'est pourquoi le Philosophe dit, dans sa Rhétorique, que la haine peut porter sur quelque chose d'universel, par exemple lorsque nous avons en haine tout le genre des voleurs.

Pareillement aussi, par l'appétit intellectif, nous pouvons appéter des biens immatériels (immaterialia bona) que le sens n'appréhende pas, comme la science, les vertus, et d'autres choses de ce genre.

Ad secundum dicendum quod appetitus intellectivus, etsi feratur in res quae sunt extra animam singulares, fertur tamen in eas secundum aliquam rationem universalem; sicut cum appetit aliquid quia est bonum.

Unde philosophus dicit in sua rhetorica, quod odium potest esse de aliquo universali, puta cum odio habemus omne latronum genus.

Similiter etiam per appetitum intellectivum appetere possumus immaterialia bona, quae sensus non apprehendit; sicut scientiam, virtutes, et alia huiusmodi.

 

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