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Thomas d'Aquin - I.q103a6 - Il est plus parfait d'être aussi cause de bonté pour d'autres que d'être seulement bon en soi

Dans le gouvernement deux choses sont à considérer, à savoir le dessein du gouvernement (ratio gubernationis), qui est la providence même, et l'exécution. Pour ce qui relève donc du dessein du gouvernement, Dieu gouverne tout immédiatement ; mais pour ce qui relève de l'exécution du gouvernement, Dieu gouverne certaines choses par l'intermédiaire d'autres.

(...)

Mais puisque, par le gouvernement, les choses qui sont gouvernées doivent être conduites à la perfection, le gouvernement sera d'autant meilleur qu'une plus grande perfection est communiquée par le gouvernant aux choses gouvernées. Or, c'est une plus grande perfection pour quelque chose que d'être bon en soi et d'être aussi pour d'autres cause de bonté, que s'il était seulement bon en soi. Et c'est pourquoi Dieu gouverne les choses de telle sorte qu'il institue certaines d'entre elles comme causes pour les autres dans le gouvernement ; tout comme si un maître rendait ses disciples non seulement savants, mais aussi docteurs pour les autres.

In gubernatione duo sunt consideranda, scilicet ratio gubernationis, quae est ipsa providentia; et executio. Quantum igitur ad rationem gubernationis pertinet, Deus immediate omnia gubernat, quantum autem pertinet ad executionem gubernationis, Deus gubernat quaedam mediantibus aliis.

(...)

Sed cum per gubernationem res quae gubernantur sint ad perfectionem perducendae; tanto erit melior gubernatio, quanto maior perfectio a gubernante rebus gubernatis communicatur. Maior autem perfectio est quod aliquid in se sit bonum, et etiam sit aliis causa bonitatis, quam si esset solummodo in se bonum. Et ideo sic Deus gubernat res, ut quasdam aliarum in gubernando causas instituat, sicut si aliquis magister discipulos suos non solum scientes faceret, sed etiam aliorum doctores.

Perfection, Bien, Bon, Bonté par essence, Gouvernement, Maître

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Thomas d'Aquin - I.q111a2, I.q82a1 - Sur l'inclination volontaire

La volonté peut être modifiée (immutari) de deux manières. 

  • D’une première manière, par l'intérieur. Et ainsi, puisque le mouvement de la volonté n’est pas autre chose que l’inclinaison de la volonté vers la chose voulue, il n'appartient qu’à Dieu seul de modifier ainsi la volonté, lui qui donne à la nature intellectuelle la vertu d'une telle inclinaison. 
    • De même, en effet, que l’inclinaison naturelle (inclinatio naturalis) n’est [issue] que de Dieu qui donne la nature ;
    • de même l’inclinaison volontaire (inclinatio voluntaria) n'est [issue] que de Dieu, qui cause la volonté.
  • D’une autre manière, la volonté est mue par l’extérieur... »

I.q111a2

Respondeo dicendum quod voluntas potest immutari dupliciter.

  • Uno modo, ab interiori. Et sic cum motus voluntatis non sit aliud quam inclinatio voluntatis in rem volitam, solius Dei est sic immutare voluntatem, qui dat naturae intellectuali virtutem talis inclinationis.
  • Sicut enim inclinatio naturalis non est nisi a Deo qui dat naturam;
  • ita inclinatio voluntaria non est nisi a Deo, qui causat voluntatem. 
  • Alio modo movetur voluntas ab exteriori.

 

*     *     *

Le mouvement même de la volonté est une certaine inclination vers quelque chose (in aliquid). Et c'est pourquoi,

  • comme quelque chose est dit naturel parce qu'il est selon une inclination de la nature,
  • de même quelque chose est dit volontaire parce qu'il est selon une inclination de la volonté. 
  • De même qu’il est impossible que quelque chose soit à la fois violent et naturel,
  • de même il est impossible que quelque chose soit purement et simplement contraint ou violent, et volontaire. 

En effet, la « nécessité de fin » (necessitas finis) ne répugne pas à la volonté lorsqu’on ne peut atteindre la fin que d’une seule façon ; par exemple si on a la volonté de traverser la mer, il se trouve une nécessité dans la volonté qu’elle veuille le bateau. 

Pareillement la « nécessité naturelle » (necessitas naturalis) ne répugne pas à la volonté. Bien au contraire, il est nécessaire que :

  • de même que l’intellect adhère (inhaeret) de nécessité aux premiers principes,
  • de même la volonté adhère (inhaereat) de nécessité à la fin ultime, qu'est la béatitude,
  • la fin, en effet, se rapporte aux actes opératifs
  • comme le principe aux actes spéculatifs,

comme le dit le deuxième livre de la Physique.

I.q82a1 

 

Ipse autem motus voluntatis est inclinatio quaedam in aliquid. Et ideo

  • sicut dicitur aliquid naturale quia est secundum inclinationem naturae,
  • ita dicitur aliquid voluntarium quia est secundum inclinationem voluntatis.
  • Sicut ergo impossibile est quod aliquid simul sit violentum et naturale;
  • ita impossibile est quod aliquid simpliciter sit coactum sive violentum, et voluntariu.

Necessitas autem finis non repugnat voluntati, quando ad finem non potest perveniri nisi uno modo, sicut ex voluntate transeundi mare, fit necessitas in voluntate ut velit navem.

Similiter etiam nec necessitas naturalis repugnat voluntati. Quinimmo necesse est quod,

  • sicut intellectus ex necessitate inhaeret primis principiis,
  • ita voluntas ex necessitate inhaereat ultimo fini, qui est beatitudo,
  • finis enim se habet in operativis
  • sicut principium in speculativis,

ut dicitur in II Physic.

 


Voir aussi DeVer.q22a4ad1

Volonté, Mouvement, Contrainte, Inclination, Nécessité, Immutare, Inclination naturelle, Inclination volontaire, Violence

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