Thomas d'Aquin - CG.I.60 - Dieu est la vérité
// : Compendium I.105 ;
La fin du chapitre 59 se termine par l'affirmation : "Donc la vérité est en Dieu".
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Des prémisses qui précèdent, il apparaît que Dieu lui-même est la vérité. |
Ex praemissis autem apparet quod ipse Deus est veritas. |
| En effet, la vérité est une certaine perfection de l'intelligence, ou de l'opération intellectuelle, comme on l'a dit. Or, l'intelliger de Dieu est sa propre substance. De plus, cet intelliger lui-même, puisqu'il est l'être divin (comme on l'a montré), n'est pas rendu parfait par une perfection qui vient en plus (supervenienti), mais il est parfait par soi-même : comme on l'a montré plus haut au sujet de l'être divin. Il reste donc que la substance divine est la vérité même. | Veritas enim quaedam perfectio est intelligentiae, sive intellectualis operationis, ut dictum est. Intelligere autem Dei est sua substantia. Ipsum etiam intelligere, cum sit divinum esse, ut ostensum est, non supervenienti aliqua perfectione perfectum est, sed est per seipsum perfectum: sicut et de divino esse supra ostensum est. Relinquitur igitur quod divina substantia sit ipsa veritas. |
| De même. La vérité est une certaine bonté de l'intellect, selon le Philosophe. Or Dieu est sa propre bonté, comme on l'a montré plus haut. Donc il est aussi sa propre vérité. | Item. Veritas est quaedam bonitas intellectus, secundum Philosophum. Deus autem est sua bonitas, ut supra ostensum est. Ergo est etiam sua veritas. |
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En outre. On ne peut rien dire de Dieu par participation : puisqu'il est son propre être, lequel ne participe à rien. Or la vérité est en Dieu, comme on l'a montré plus haut. Si donc elle n'est pas dite par participation, il faut qu'elle soit dite par essence. Dieu est donc sa propre vérité. |
Praeterea. De Deo nihil participative dici potest: cum sit suum esse, quod nihil participat. Sed veritas est in Deo, ut supra ostensum est. Si igitur non dicatur participative, oportet quod dicatur essentialiter. Deus ergo est sua veritas. |
| De plus. Bien que le vrai ne soit pas proprement dans les choses (rebus) mais dans l'esprit (mente), selon le Philosophe, °°° une chose est pourtant parfois dite vraie selon qu'elle atteint proprement l'acte de sa propre nature. D'où Avicenne dit, dans sa Métaphysique, que la vérité d'une chose est la propriété de l'être de chaque chose qui lui est établi, en tant qu'une telle chose est née pour produire d'elle-même une estimation vraie, et en tant qu'elle imite sa propre raison [idée] qui est dans l'esprit divin. Or Dieu est sa propre essence. Donc, que nous parlions de la vérité de l'intellect ou de la vérité de la chose, Dieu est sa propre vérité. | Amplius. Licet verum proprie non sit in rebus sed in mente, secundum Philosophum, res tamen interdum vera dicitur, secundum quod proprie actum propriae naturae consequitur. Unde Avicenna dicit, in sua Metaphysica, quod veritas rei est proprietas esse uniuscuiusque rei quod stabilitum est ei, inquantum talis res nata est de se facere veram aestimationem, et inquantum propriam sui rationem quae est in mente divina, imitatur. Sed Deus est sua essentia. Ergo, sive de veritate intellectus loquamur sive de veritate rei, Deus est sua veritas. |
| Ceci est d'ailleurs confirmé par l'autorité du Seigneur disant de lui-même (Jean 14, 6) : "Je suis la voie, la vérité et la vie". | Hoc autem confirmatur auctoritate domini de se dicentis, Ioan. 14:6: ego sum via, veritas et vita. |
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